Le Signe


 



 

 

 

Bible en langue des signes

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 Le Signe, une occasion pour les Sourds de découvrir la foi chrétienne
B
onjour et bienvenue dans le nouveau site d'instruction biblique des Sourds.

Ce site est mis à la disposition de toute personne sourde désireuse de mieux connaître la Bible.
Ce site permet aussi au monde entendant de faire connaissance avec la culture sourde.
Vous y trouverez également toutes les informations concernant nos prochaines activités.

Bonne visite !


      

 


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Avant d'aller plus loin, testez vos connaissances sur la surdit
é avec ce quiz !






 




              


L'alliance biblique française, association interconfessionnelle, prépare la traduction de l'évangile de Luc en langue des signes française, qui paraîtra sur DVD en mai 2010.



L'objectif est de proposer à la communauté sourde un premier accès à la Bible.

En France, en Suisse romande, et dans la Francophonie, les sourds et malentendants représentent plusieurs dizaines de milliers de personnes.
La plupart d'entre elles ont un accès limité à la lecture. Beaucoup ne connaissent pas la Bible, faute de la recevoir dans leur propre langue.

Ce film présente les coulisses du projet conduit par l'ABF:

- un comité de pilotage de 9 membres

- 9 groupes de traduction, répartis dans 4 pays (Belgique, Congo- Brazaville, France, Suisse), composés de personnes sourdes et entendantes, professeurs de langue des signes, biblistes, interprètes, signeurs, vidéastes, responsables de communautés de sourds et usagers.

- des rencontres de coordination permettant d'harmoniser la méthode de traduction, le vocabulaire utilisé et le niveau de langue.

Vous pouvez soutenir ce projet en adressant votre  don à:

Alliance biblique française/projet LSF
BP 47 - 5 avenue des Erables
95400 Villiers-le Bel
tel: 01 39 94 50 51 - email: alliance.biblique-sbf.fr

Votre don servira à couvrir les frais du tournage final (6 heures)
et de la réalisation du DVD (montage des images, chapitrage, réalisation des menus avec index des mots expliqués et introductions).


Une séance de travail en Belgique







                                                                                   http://bible-wavre.be/



Nous avons le plaisir de vous informer que dans le cadre de la semaine « Ouvrir la Bible aujourd’hui », sept églises catholiques et protestantes organisent deux expositions interprétées en langue des signes ainsi qu'une célébration oecuménique à Wavre.

Nous croyons en effet que la Bible appartient à tous, qu'elle est un patrimoine universel, source d'inspiration pour les croyants comme pour bien d'autres, soucieux de partager des valeurs  fondamentales.

                  Trois événements interprétés en langue des signes

1. La première exposition intitulée « Traduire la Bible dans les langues du monde» vous présentera le travail de la société Wycliffe. Celle-ci envoie des linguistes dans les régions les plus reculées du monde avec comme objectif de traduire la Bible.
Chaque année, le Nouveau Testament et la Bible sont publiés en plusieurs dizaines de nouvelles langues.
A cette occasion, les traducteurs sourds qui travaillent sur la traduction de la Bible en langue des signes belge francophone vous expliqueront leur travail.


Horaire : 14h00 à 15h30

Lieu : Eglise Protestante Unie de Belgique, Avenue de la Belle Voie 15, 1300 WAVRE.




 


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2. La deuxième exposition intitulée « la Vie quotidienne aux temps bibliques » vous fera découvrir, par l’intermédiaire de 12 panneaux didactiques et très illustrés : la maison, l'éclairage, les meubles, la cuisine, le pain, l'huile, le bain et la toilette, les vêtements, le mariage, les enfants, la lecture et l'écriture, les prières. 

 ....

Horaire : 16h00 à 17h30
 

 


Lieu : Basilique Notre-Dame à Basse-Wavre, Rue du Calvaire 2, 1300 WAVRE


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3. Cette journée sera clôturée par  une célébration œcuménique.

Thème: Jésus-Christ, la Parole vivante de Dieu.
Cette grande célébration réunira l'ensemble des communautés catholiques et protestantes de Wavre, Limal et Bierges.
Chants en langue des signes.
Verre de l'amitié après la célébration



Horaire :

18h30


Lieu :

Eglise St-Jean-Baptiste, Place Cardinal Mercier 1300 WAVRE.

 



 

 




Comment permettre aux sourds de ne plus être considérés comme des handicapés ? Pour en débattre, France 5 propose une soirée spéciale avec Carole Gaessler, qui donnera la parole à ses invités autour de la diffusion de Sourds et malentendus. A travers le récit de Sandrine, sourde de naissance, ce film propose une rencontre avec un monde où la langue des signes est porteuse d'une identité et d'une culture, où sourds et entendants peuvent vivre ensemble en acceptant leurs différences.
Source :
France 5 - Mardi 03 mars 2009 à 20h35



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Seule sourde à l'école


Ma première amie
Dans le présent extrait, Sandrine est inscrite dans un institut spécialisé pour sourds. C’est sa première rencontre avec des sourds, à l’âge de 9 ans. Et pour la première fois, elle a une amie

 




Une autre voie

Le film  a été écrit par Sandrine Herman, qui en est également l'héroïne. Sourde de naissance, elle a choisi de raconter son histoire avec la volonté de nous faire partager sa vision du monde avec un regard de l'intérieur.

L'idée est de suivre son parcours de la naissance à l'âge adulte et, au fil des témoignages, de découvrir un univers où rien n'est facile. Le regard des autres, la scolarité, les apprentissages, la rééducation, la socialisation. Tout conduit à vouloir réparer cette petite fille, à faire en sorte qu'elle se rapproche de la norme : entendre et parler.

Mais le film pose la question de la possibilité d'une autre voie. D'où la proposition d'une rencontre avec un monde où la langue des signes est bien vivante, où la langue est porteuse d'identité, d'histoire et de culture. « Il n'y a pas deux mondes, affirme Sandrine. Les sourds et les entendants peuvent vivre ensemble et s'accepter avec leurs différences. » Un discours à recevoir sans réserves.

« J'ai envie de vous montrer qui je suis. » Face à la caméra, Sandrine Herman a voulu nous permettre d'entrer dans la peau de la sourde qu'elle est. En déroulant le fil de sa vie, illustrée par des reconstitutions, elle donne à voir, à sentir, à comprendre avec finesse et humour ce dont la plupart des entendants n'ont pas conscience. Les reportages parmi les sourds — enfants, adolescents et adultes — et les éclairages de spécialistes intervenant en milieu médical ou scolaire complètent cette approche d'un univers méconnu, et souvent source de malentendus.
Le premier repose sur l'usage qui a fait des sourds des « malentendants ». « Est-ce que vous êtes "mal-homme" ou… "mal-femme" ? Imaginez que vous passiez une vie à être défini par une idée que la majorité a de vous dans le "mal-quelque chose"… » s'étonne un enseignant. Pour Sandrine, le malentendu a commencé dès son plus jeune âge, lorsque ses parents ont perdu le lien avec elle le jour où ils ont compris qu'elle était vraiment sourde. « La plupart du temps, être atteint de surdité, c'est être véritablement handicapé du langage de la parole, explique le psychanalyste André Meynard. Ceci est bien sûr complètement abusif et tout à fait partial, puisqu'un petit enfant est parfaitement à même de prendre parole au travers de la gestuelle… Dès lors qu'on lui en donne la possibilité. » Une dimension majoritairement absente du discours médical servi aujourd'hui aux parents désemparés que l'on veut rassurer. « La manière dont le dépistage a été organisé conduit à penser que la surdité est une maladie qui se soigne et qui se guérit », explique le Dr Benoît Drion, coordinateur du réseau Sourds et Santé en région. « On dénie la surdité, on fait comme si l'enfant n'était pas sourd, comme s'il allait un jour ne plus l'être. »



Une langue longtemps interdite

Pour Sandrine, le chemin de l'oralité souhaité par ses parents va suivre les détours d'un parcours du combattant. Seule sourde dans un milieu d'entendants, elle perd pied peu à peu et s'enferme dans sa bulle. « Quand j'étais petite, je pensais que les gens communiquaient par télépathie. Alors j'envoyais des messages avec ma tête… mais ils ne me répondaient pas. Alors j'ai été voir du côté de la nature. L'arbre me disait qu'il allait me protéger… La pluie me disait que c'était la fête… » Elle vit la pose d'appareils auditifs comme une intrusion physique violente. Le salut viendra plus tard, lors de son entrée dans une école spécialisée pour sourds. « Toutes mes peurs sont parties... J'avais 9 ans, c'est la première fois que j'ai eu une amie. »
Longtemps, la langue des signes a été interdite aux sourds pour les obliger à parler. Aujourd'hui, même si elles sont encore rares, des écoles bilingues permettent la scolarisation d'enfants sourds avec des enfants entendants. Une expérience qui a prouvé son efficacité. « C'est vraiment important qu'ils soient à l'aise dans leur expression signée », remarque un enseignant sourd. Ce qui l'est tout autant, c'est la rencontre de deux mondes qui apprennent à se connaître et à partager. Pour Sandrine, le choix devient très clair à l'adolescence. Trop de frustrations familiales la décident à « couper sa voix » et à ne plus s'exprimer qu'en langue des signes. Elle trace désormais son chemin toute seule et, des scènes de théâtre à la télévision, elle choisit de militer « pour que les sourds soient reconnus, qu'ils participent à la société ». Un combat relayé dans ce documentaire qui tend à montrer que les sourds ne sont peut-être pas toujours ceux que l'on croit…

Anne-Laure Fournier

Changer de regard sur les sourds

 

Il n'y a pas tant de frontières entre les entendants et les sourds. Tous humains. Tous avides de communiquer. Avec le documentaire «Sourds et malentendus» diffusé mardi soir sur France 5 à 20h35 et qui sera suivi d'un débat, Sandrine Herman espère poser les jalons d'une passerelle entre ces deux mondes qui selon elle n'en font qu'un.

 

Sourde de naissance, la directrice de la collection «L'œil et la main», y raconte son histoire.

 Celle d'une fillette qui a cessé d'être une enfant comme les autres dès lors que ses parents ont eu connaissance du diagnostic. «Le lien que nous avions s'est alors défait. Ils ne me voyaient plus que comme une oreille», raconte-t-elle dans ce film où des scènes de reconstitution (pour retracer son enfance) alternent avec des témoignages, des reportages et des interviews.

 

Coupée des autres, ballottée d'orthophonistes en hôpitaux, Sandrine ne revit qu'à l'âge de neuf ans lorsqu'elle croise d'autres sourds en institut. «J'ai alors commencé à pratiquer la langue des signes». Cette langue, bannie pendant un siècle, reste encore tabou. «En province, mes parents étaient moins avertis. Ma mère n'a commencé à l'apprendre que récemment. Aujourd'hui encore, certains médecins considèrent la langue des signes comme de la préhistoire et préfèrent proposer une implantation cochléaire (ndrl : un appareil implanté dans la tête) sans insister sur l'épanouissement de l'enfant, le contact avec ses parents. Or, on peut vivre ensemble, partager une expérience».


"Considérés comme des oreilles"


C'est là l'objectif du documentaire qui balaye toute la problématique, de l'annonce du diagnostic à l'intégration scolaire: «Changer le regard sur les sourds pour qu'ils ne soient plus considérés comme des oreilles et sous l'aspect médical. On est humains avant tout», affirme Sandrine Herman. Aînée d'une famille recomposée, maman elle-même de deux enfants (entendants), la jeune femme de 36 ans ne manque pas d'énergie pour défendre la cause des sourds et agir.

Outre l'émission «L'œil et la main» lancée en 1994- «bilingue, destinée à tous les publics et indispensable pour faire le pont entre entendants et sourds»-elle préside l'association «Des yeux pour entendre» qui bataille depuis 2004 pour imposer la langue des signes et créer des écoles bilingues. «Il en existe huit en France et la dernière a ouvert en septembre à Massy où je vis. Mais il reste tant à faire. La France est très en retard notamment en matière de structures d'accompagnement pour les parents d'enfants de zéro à trois ans».

La télévision, elle-même devrait rougir. «Le journal de 20 heures est juste sous-titré mais le sous-titrage enlève toute émotion, regrette Sandrine Herman. Au-delà, on pourrait imaginer une série avec un héros sourd comme cela existe aux Etats-Unis et en Angleterre. Et, je me bats pour créer une émission hebdomadaire bilingue pour les enfants. J'ai eu des contacts avec France 3, France 5 et Canal + et j'attends depuis deux ans». A croire que le message a encore du mal à passer.


Sandrine Herman : “Je ne souffre pas de ne pas entendre”

 

 

Pourquoi ce docu-fiction ?
France 5 souhaitait créer une soirée-événement autour de la surdité. Igor Ochronowicz (coauteur du projet, NDLR) et moi-même avons mis en miroir nos deux identités, d'entendant pour lui, de sourde pour moi. J'ai grandi dans une société où l'on m'a toujours demandé : « Qu'est-ce qu'on perçoit quand on n'entend pas ? Est-ce que vous souffrez ? » Moi, j'ai une autre façon de voir les choses : je ne souffre pas de ne pas entendre. Ma perception du monde est très visuelle. La vraie difficulté est d'entrer en relation.

Vous dépeignez une enfance très solitaire, puis la découverte déterminante, à 9 ans, de la langue des signes.
En rencontrant d'autres enfants sourds comme moi, qui « signaient », j'ai commencé à échanger et senti que j'allais pouvoir m'exprimer librement. Des perspectives se sont ouvertes. Plus tard, j'ai fait du théâtre en découvrant Marlee Matlin (oscar de la meilleure actrice en 1986) dans Les Enfants du silence. Puis je me suis tournée vers la télévision.

Quelle est la place des sourds en France ?
Nous sommes très en retard par rapport aux pays scandinaves ou aux Etats-Unis, où l'on prend en charge les parents comme les enfants. On les aide à entrer en relation, en amour avec leur bébé. Ici, nous nous battons pour obtenir plus de sous-titrage à la télé, plus d'infos en langue des signes. Et pour une meilleure représentativité dans les médias, au cinéma ou au théâtre. Au Portugal, l'usage de la langue des signes est même inscrit dans la Constitution !



Surdité et discrimination ? Les sourds lisent sur les lèvres et parlent avec leurs mains ! Certes, ne rien entendre à une accélération de Lewis Hamilton, à la ritournelle du pinson ou à un trio de Schubert apparaît comme un manque, une privation, une aliénation.

Pourtant, ne pourrions-nous concevoir l’émancipation des Sourds, partant leur participation dans la vie sociale, en n’en restant pas là ? En effet, après un diagnostic, l’accueil réservé aux Sourds réserve quelques surprises.

On se trompe là où l’on croit que des sous-titres suffiront. Alors qu’on prône l’intégration scolaire en enseignement ordinaire, on s’aperçoit qu’on perd alors toute la dimension d’une Histoire et d’une culture transmises par les aînés que les novices rencontraient dans les écoles spécialisées. Alors que la pratique de la langue des signes tombe à peu près sous le sens lorsque l’on voit des Sourds entre eux, pourquoi son interdiction lors du congrès de Milan en 1880 continue-t-elle d’agir ?

En creusant un peu du côté de la psychanalyse, de la sociologie, de la pédagogie, de la philosophie, on s’aperçoit ainsi qu’une dynamique du déni de surdité continue d’opérer.

Sans prétendre à l’exhaustivité, ce recueil décline différents aspects des réponses actuelles à la question sourde chez nous.  D’autres méthodologies sont en effet bien mieux fructueuses ailleurs. Mais sans véritable application chez nous.

 

Avec l’aimable contribution d’Andrea Benvenuto, philosophe, Véronique Bergen, romancière, Fabrice Bertin, professeur, Simone Korff-Sausse, psychanalyste, Brigitte Lemaine, sociologue, André Meynard, psychanalyste, et Nicolas Rettmann, sous la direction de Louis Everaert.

 

Coll., Surdité et discrimination, Bruxelles, Editions de l’APEDAF ASBL, Les Cahiers de la Salamandre n°3, 2008, 152 p.

 

Extraits

 

Tous les auteurs qui ont contribué gracieusement à la réalisation de « Surdité et discrimination » ont été sollicités sur base de la lecture de leurs ouvrages. Nicolas Rettmann, lui, l’a été après que j’aie reçu son mail invitant ses pairs sourds à ne pas voter aux élections fédérales de juin 2007. Après une collaboration avec elle comme critique dans un éphémère mensuel littéraire, j’ai retrouvé Véronique Bergen, par la littérature, en découvrant son livre « Kaspar Hauser ou la phrase préférée du vent », Prix triennal de la Ville de Tournai et Prix Félix Denayer de l’Académie de langue et de littérature française de Belgique 2006. Une bibliographie de ces auteurs achève ce communiqué.

 

 

« Peur du sentiment de culpabilité massif qu’il suscite, lié aux fantasmes de filiation et de transmission, car le handicap évoque toujours une idée de tare héréditaire et de procréation fautive »

Simone Korff-Sausse, Psychanalyste,

Université Denis Diderot, Paris 7, p.14

 

 

« Quel est donc le statut de celui qui au deuxième jour de la naissance, sera étiqueté comme « un malade » ? Sa vie de Sourd est-elle donc une vie « qui ne vaut pas d’être vécue » ? Est-elle une vie considérée sous condition en quelque sorte ? Sous condition qu’il soit soigné, implanté, « sonorisé », c’est-à-dire pris dès sa naissance, lui et sa famille, dans une filière de soins dont les effets iatrogènes ont déjà été dénoncés par tous ceux qui sont sensibilisés aux dynamiques inconscientes des interactions réelles et fantasmatiques ? N’allons nous pas vers des formes sociétales qui rendront de plus en plus délicat l’accueil du différent ?

 

André Meynard, Psychanalyste,

Université Aix Marseille I,  p.32

 

« … partir du principe d’égalité des intelligences entre sourds et entendants est une condition fondamentale pour atteindre l’émancipation intellectuelle. Je ne suis pas capable de m’émanciper si je n’ai pas pris conscience qu’entre moi et mon dominateur, il n’y a pas de différence de nature. Cette prise de conscience se fait dans un processus individuel et se tisse à la fois dans la relation aux autres ».

 

Andrea Benvenuto, Philosophe,

Vincennes, Paris 8, p. 50

 

« On nous a oubliés, on nous oublie… et on nous oubliera tant que rien ne bougera de notre côté. Il faut rester lucide, les personnes sourdes et malentendantes, bien que minoritaires, doivent se solidariser davantage pour une même action, à savoir, l’accessibilité à l’information. (…) Nous sommes privés de l’information générale. Si on ne nous donne pas le moyen d’y accéder, on ne sait même pas quels contenus l’information véhicule. Pourtant, malgré qu’on sache cela, en attendant, pour la nouvelle génération, on continue d’investir essentiellement dans l’audition ». 

 

Nicolas Rettmann, Comptable,

Sourd, parent d’enfants malentendants. p. 60

 

« Un des arguments du refus de s’attarder sur la notion de culture Sourde est que la surdité est une déficience de l’audition et qu’une culture ne peut se construire sur un manque, sur une déficience. Mais justement, la culture est bien la façon dont une communauté d’individus affronte les obstacles qu’elle rencontre, met en place des stratégies pour les dépasser ou les contourner, trouve des réponses aux défis qui lui sont imposés ».

 

Fabrice Bertin, Sourd, professeur d’histoire-géo

à l’Institut National de Suresnes,

Doctorant en Sciences de l’éducation, Paris 8, p. 73

 

« Au-delà des autres handicaps, je crois que « le sourd », celui qui n’entend pas, posait un réel problème à Hitler parce qu’il était imperméable à ses discours, à son influence radiophonique constante et à sa propagande écrite, incompréhensible dans son nouveau lexique manipulateur. Ils ont fait croire à certains sourds qu’ils les intégreraient, en leur donnant accès au début aux jeunesses hitlériennes ou à l’emploi s’ils adhéraient à l’association des sourds nazis (passée de 4700 membres à 12 600), mais au bout de deux ans, cela s’est révélé un mirage complet ».

 

Brigitte Lemaine, Sociologue,

Docteur en philosophie esthétique, Paris, p.101

 

Comme toujours, le tout est dans la répétition : le jour où l’otologie ouvrira définitivement l’œil sur l’anthropologie et verra l’humain derrière son matricule et sa pathologie, les pauvres souris de laboratoire pourront vivre tranquilles. De la graisse d’anguille des barbiers carabins du 18ème siècle aux cinquante gènes  conjointement découverts par les laboratoires de de 22 unités génétiques, les motivations des recherches n’ont pas réellement changé d’un iota. On ne meurt pourtant pas plus aujourd’hui de surdité qu’autrefois. Or, on sait que, dans le discours dominant, - à comprendre, les efforts contre la surdité, - accorder des avancées anthropologiques ne se fait jamais sans peine.

 

Louis Everaert, Professeur,

Coordinateur de l’APEDAF à Tournai, p. 121

 

« Ici, loin d’être en grève, l’oreille discerne autre chose, se branche sur l’inaudible, transgressant les limites posées par la Grande Oreille Officielle, inapte aux tessitures admises mais ivre des sons aux confins du néant. J’ai voulu aller au-delà des voyelles de Rimbaud et sacrer en moi la permutation des sens, (…) Pour dialoguer avec le tonnerre, converser avec le renard, glisser l’origine dans l’avenir, il faut entendre hors oreille et parler hors sons, laisser le sable se déposer dans la bouche et le feu caresser les moindres recoins du labyrinthe auriculaire. »

 

Véronique Bergen, romancière,

poète, essayiste, p. 128

 

APEDAF ASBL

9 rue Childéric

B – 7500 Tournai

Tél. Fax. 069 / 84.79.91

www.apedaf.be

info@apedaf.be

 

 

 

 


La voix au chapitre



L'émission

Pour nous conter l'histoire du tristement célèbre congrès de Milan, la parole est donnée à Yann Cantin, historien sourd ; Pierre Encrevé, sociolinguiste, et Christian Cuxac, linguiste. Sur fond d'illustrations et de peintures de l'époque, ils déroulent le fil des moments et des personnages clés de la bataille contre l'oralisme, depuis 1789 jusqu'aux décisions prises en 1880, à Milan, en Italie.

Tout d'abord, nous faisons connaissance avec l'abbé de l'Epée, qui fait figure de père-fondateur pour les sourds. S'il n'a pas inventé la langue des signes mais une méthode pour enseigner aux sourds dans leur propre langue, il a eu le génie de regrouper des sourds au sein d'une école. Grâce à cette institutionnalisation de l'enseignement, la communauté sourde se fonde et la langue des signes connaît une véritable évolution : d'une langue de la vie quotidienne, elle devient le vecteur des savoirs et de l'apprentissage de la langue française écrite.

La Révolution française ne porta pas préjudice à la langue des signes. Au contraire, selon Pierre Encrevé, c'est le moment idéal où les droits linguistiques, la liberté de communication et d'expression sont reconnus, y compris celui de s'exprimer en langue des signes. Les conséquences de l'enseignement en LSF donne naissance à un âge d'or pour les sourds et à une génération de professeurs, directeurs, fondateurs d'école, à l'instar de Jean Massieu, Laurent Clerc, Ferdinand Berthier et Pierre Pélissier.

Le XIXe siècle voit toute une génération de professeurs et élèves sourds s'unir pour lutter contre les partisans de l'oralisme, donnant lieu au "premier réveil sourd". Toutefois, moins d'un siècle après la disparition de l'abbé de L'Epée, en 1880, Eugène et Isaac Pereire, petit-fils et arrière-petit-fils de Jacob Rodrigues Pereire, en charge de réhabiliter leur illustre aïeul, allaient financer le congrès de Milan et faire adopter l'oralisme en France, s'inscrivant en cela dans le mouvement du temps, puisque pratiquement toute l'Europe était oraliste.

Les résolutions de Milan ne se comprennent pas non plus en dehors de l'esprit du XIXe siècle, à la fois scientiste et hygiéniste. On ne pourra qu'être frappé par les approximations scientifiques mises en avant lors de ce congrès, où tout semblait joué d'avance.

Le congrès de Milan aboutit au bannissement progressif et organisé de la langue des signes de la société française, et ces résolutions furent appliquées avec plus ou moins de zèle selon les pays pendant les trente années suivantes. En France, elles plongèrent les sourds dans un sommeil de cent ans.

source France 5: L'oeil et la main
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