Comment permettre aux sourds de ne plus être considérés comme des handicapés ? Pour en débattre, France 5 propose une soirée spéciale avec Carole
Gaessler, qui donnera la parole à ses invités autour de la diffusion de Sourds et malentendus. A travers le récit de Sandrine, sourde de naissance, ce
film propose une rencontre avec un monde où la langue des signes est porteuse d'une identité et d'une culture, où sourds et entendants peuvent vivre ensemble en acceptant leurs différences.
Source : France 5 - Mardi 03 mars 2009 à 20h35
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Seule sourde à l'école
Ma première amie
Dans le présent extrait, Sandrine est inscrite dans un institut spécialisé pour sourds. C’est sa première
rencontre avec des sourds, à l’âge de 9 ans. Et pour la première fois, elle a une amie
Une autre voie
Le film a été écrit par Sandrine Herman, qui en est également l'héroïne. Sourde de naissance, elle a choisi de raconter son histoire avec la volonté de nous faire partager sa vision du monde avec un regard de l'intérieur.
L'idée est de suivre son parcours de la naissance à l'âge adulte et, au fil des témoignages, de découvrir un univers où rien n'est facile. Le regard des autres, la scolarité, les apprentissages, la rééducation, la socialisation. Tout conduit à vouloir réparer cette petite fille, à faire en sorte qu'elle se rapproche de la norme : entendre et parler.
Mais le film pose la question de la possibilité d'une autre voie. D'où la proposition d'une rencontre avec un monde où la langue des signes
est bien vivante, où la langue est porteuse d'identité, d'histoire et de culture. « Il n'y a pas deux mondes, affirme Sandrine. Les sourds et les entendants peuvent vivre ensemble et
s'accepter avec leurs différences. » Un discours à recevoir sans réserves.
« J'ai envie de vous montrer qui je suis. » Face à la caméra, Sandrine Herman a voulu nous permettre d'entrer dans la peau de la sourde qu'elle est.
En déroulant le fil de sa vie, illustrée par des reconstitutions, elle donne à voir, à sentir, à comprendre avec finesse et humour ce dont la plupart des entendants n'ont pas conscience. Les
reportages parmi les sourds — enfants, adolescents et adultes — et les éclairages de spécialistes intervenant en milieu médical ou scolaire complètent cette approche d'un univers
méconnu, et souvent source de malentendus.
Le premier repose sur l'usage qui a fait des sourds des « malentendants ». « Est-ce que vous êtes "mal-homme" ou… "mal-femme" ? Imaginez que vous passiez une vie à être défini
par une idée que la majorité a de vous dans le "mal-quelque chose"… » s'étonne un enseignant. Pour Sandrine, le malentendu a commencé dès son plus jeune âge, lorsque ses parents ont perdu le
lien avec elle le jour où ils ont compris qu'elle était vraiment sourde. « La plupart du temps, être atteint de surdité, c'est être véritablement handicapé du langage de la parole, explique
le psychanalyste André Meynard. Ceci est bien sûr complètement abusif et tout à fait partial, puisqu'un petit enfant est parfaitement à même de prendre parole au travers de la gestuelle… Dès lors
qu'on lui en donne la possibilité. » Une dimension majoritairement absente du discours médical servi aujourd'hui aux parents désemparés que l'on veut rassurer. « La manière dont le
dépistage a été organisé conduit à penser que la surdité est une maladie qui se soigne et qui se guérit », explique le Dr Benoît Drion, coordinateur du réseau Sourds et Santé en région.
« On dénie la surdité, on fait comme si l'enfant n'était pas sourd, comme s'il allait un jour ne plus l'être. »
Une langue longtemps interdite
Pour Sandrine, le chemin de l'oralité souhaité par ses parents va suivre les détours d'un parcours du combattant. Seule
sourde dans un milieu d'entendants, elle perd pied peu à peu et s'enferme dans sa bulle. « Quand j'étais petite, je pensais que les gens communiquaient par télépathie. Alors j'envoyais des
messages avec ma tête… mais ils ne me répondaient pas. Alors j'ai été voir du côté de la nature. L'arbre me disait qu'il allait me protéger… La pluie me disait que c'était la fête… » Elle
vit la pose d'appareils auditifs comme une intrusion physique violente. Le salut viendra plus tard, lors de son entrée dans une école spécialisée pour sourds. « Toutes mes peurs sont
parties... J'avais 9 ans, c'est la première fois que j'ai eu une amie. »
Longtemps, la langue des signes a été interdite aux sourds pour les obliger à parler. Aujourd'hui, même si elles sont encore rares, des écoles bilingues permettent la scolarisation d'enfants
sourds avec des enfants entendants. Une expérience qui a prouvé son efficacité. « C'est vraiment important qu'ils soient à l'aise dans leur expression signée », remarque un enseignant
sourd. Ce qui l'est tout autant, c'est la rencontre de deux mondes qui apprennent à se connaître et à partager. Pour Sandrine, le choix devient très clair à l'adolescence. Trop de frustrations
familiales la décident à « couper sa voix » et à ne plus s'exprimer qu'en langue des signes. Elle trace désormais son chemin toute seule et, des scènes de théâtre à la télévision, elle
choisit de militer « pour que les sourds soient reconnus, qu'ils participent à la société ». Un combat relayé dans ce documentaire qui tend à montrer que les sourds ne sont peut-être
pas toujours ceux que l'on croit…
Anne-Laure Fournier
Changer de regard sur les sourds
Il n'y a pas tant de frontières entre les entendants et les sourds. Tous humains. Tous avides de communiquer. Avec le documentaire «Sourds et malentendus» diffusé mardi soir sur France 5 à 20h35 et qui sera suivi d'un débat, Sandrine Herman espère poser les jalons d'une passerelle entre ces deux mondes qui selon elle n'en font qu'un.
Sourde de naissance, la directrice de la collection «L'œil et la main», y raconte son histoire.
Celle d'une fillette qui a cessé d'être une enfant comme les autres dès lors que ses parents ont eu connaissance du diagnostic. «Le lien que nous avions s'est alors défait. Ils ne me voyaient plus que comme une oreille», raconte-t-elle dans ce film où des scènes de reconstitution (pour retracer son enfance) alternent avec des témoignages, des reportages et des interviews.
Coupée des autres, ballottée d'orthophonistes en hôpitaux, Sandrine ne revit qu'à l'âge de neuf ans lorsqu'elle croise d'autres sourds en institut. «J'ai alors commencé à pratiquer la langue des signes». Cette langue, bannie pendant un siècle, reste encore tabou. «En province, mes parents étaient moins avertis. Ma mère n'a commencé à l'apprendre que récemment. Aujourd'hui encore, certains médecins considèrent la langue des signes comme de la préhistoire et préfèrent proposer une implantation cochléaire (ndrl : un appareil implanté dans la tête) sans insister sur l'épanouissement de l'enfant, le contact avec ses parents. Or, on peut vivre ensemble, partager une expérience».
"Considérés comme des oreilles"
C'est là l'objectif du documentaire qui balaye toute la problématique, de l'annonce du diagnostic à l'intégration
scolaire: «Changer le regard sur les sourds pour qu'ils ne soient plus considérés comme des oreilles et sous l'aspect médical. On est humains avant tout», affirme Sandrine Herman. Aînée d'une
famille recomposée, maman elle-même de deux enfants (entendants), la jeune femme de 36 ans ne manque pas d'énergie pour défendre la cause des sourds et agir.
Outre l'émission «L'œil et la main» lancée en 1994- «bilingue, destinée à tous les publics et indispensable pour faire le pont entre entendants et sourds»-elle préside l'association «Des yeux pour entendre» qui bataille depuis 2004 pour imposer la langue des signes et créer des écoles bilingues. «Il en existe huit en France et la dernière a ouvert en septembre à Massy où je vis. Mais il reste tant à faire. La France est très en retard notamment en matière de structures d'accompagnement pour les parents d'enfants de zéro à trois ans».
La télévision, elle-même devrait rougir. «Le journal de 20 heures est juste sous-titré mais le sous-titrage enlève toute
émotion, regrette Sandrine Herman. Au-delà, on pourrait imaginer une série avec un héros sourd comme cela existe aux Etats-Unis et en Angleterre. Et, je me bats pour créer une émission
hebdomadaire bilingue pour les enfants. J'ai eu des contacts avec France 3, France 5 et Canal + et j'attends depuis deux ans». A croire que le message a encore du mal à passer.
Sandrine Herman : “Je ne souffre pas de ne pas entendre”
France 5 souhaitait créer une soirée-événement autour de la surdité. Igor Ochronowicz (coauteur du projet, NDLR) et moi-même avons mis en miroir nos deux identités, d'entendant pour lui, de sourde pour moi. J'ai grandi dans une société où l'on m'a toujours demandé : « Qu'est-ce qu'on perçoit quand on n'entend pas ? Est-ce que vous souffrez ? » Moi, j'ai une autre façon de voir les choses : je ne souffre pas de ne pas entendre. Ma perception du monde est très visuelle. La vraie difficulté est d'entrer en relation.
Vous dépeignez une enfance très solitaire, puis la découverte déterminante, à 9 ans, de la langue des signes.
En rencontrant d'autres enfants sourds comme moi, qui « signaient », j'ai commencé à échanger et senti que j'allais pouvoir m'exprimer librement. Des perspectives se sont ouvertes. Plus tard,
j'ai fait du théâtre en découvrant Marlee Matlin (oscar de la meilleure actrice en 1986) dans Les Enfants du silence. Puis je me suis tournée vers la télévision.
Quelle est la place des sourds en France ?
Nous sommes très en retard par rapport aux pays scandinaves ou aux Etats-Unis, où l'on prend en charge les parents comme les enfants. On les aide à entrer en relation, en amour avec leur bébé.
Ici, nous nous battons pour obtenir plus de sous-titrage à la télé, plus d'infos en langue des signes. Et pour une meilleure représentativité dans les médias, au cinéma ou au théâtre. Au
Portugal, l'usage de la langue des signes est même inscrit dans la Constitution !











